mercredi 8 juin 2016

#ChallengeAZ - G comme Géomètres amateurs

Nous restons dans la commune actuelle de Miramont-de-Guyenne (Lot-et-Garonne), mais dans l'ancienne paroisse Saint-Etienne de Befferry. Je conseille d'ailleurs au passage à ceux qui ne connaissent pas cette ville d'y passer faire un tour, notamment pour y découvrir sa bastide.

Cette commune est située entre Agen (47) et Bergerac (24), un peu à l'est de Marmande. Et est limitrophe d'Armillac, dont nous allons parler dans l'acte qui nous intéresse.

Source : Google Maps

Nous voici donc chemin faisant avec les curés desdits Armillac et Befferry. Le but est de délimiter plus précisément ces deux paroisses, pour des raisons administratives mais aussi, à n'en pas douter, pour des questions de (gros) sous. Pour essayer d'être le plus juste possible, on emmène les plus anciens paroissiens pour aider à la tâche. Dommage que le registre soit tâché sur une partie du texte, qui nous gâche en partie la compréhension de certains passages.

Archives en ligne du Lot-et-Garonne - Miramont-de-Guyenne
Registres paroissiaux 1739-1792 - E SUP_1483

Ce jourd huy 30 juillet 1768 Mr le curé d'armillac et moy
nous sommes transportéz avec les plus anciens de nos paroissiens
connaissant mieux que nous la divise de la paroisse d'Armillac
d'avec celle de Befferry, et avons fait piqueté la dite divise
qui prend a quarante pas ou trente neuf depuis le coin de la maison
de Mademoiselle Briffaut en suivant le chemin ou il y a un picquet placé
dès aujourd'huy en suivant en droite ligne au ruÿsseau de xxx
dupar (?) qui est au coin du jardin du dit Briffaut portage xxx
et près de meme qu'un petit ruisseau xxx ou il y a aussi xxx
sur le terrier ou un coignassier. Route ou la xxx
d'armillac avait accoutumé de passé avant qu'on ne defrichat quelque
lambeau de pré, et pour ne pas gater et domagé le terrain en
semance, Mr le Curé d'armillac passe au dessus de la maison
de Mademoiselle Briffau. Ce a quoy j'ai consenti quoy que cela feut
dans ma paroisse, sans toutefois me porter aucun prejudice ny a mes
successeurs.

mardi 7 juin 2016

#ChallengeAZ - F comme Feu de Joie à Miramont

Nous voici maintenant en janvier 1782 à Miramont-de-Guyenne, dans l'actuel département du Lot-et-Garonne, paroisse Notre-Dame-de-Miramont.

Début janvier 1782 est organisé un feu de joie, un grand feu allumé en plein air lors de réjouissances publiques. Quelles sont les réjouissances en question ?

Tout d'abord "la naissance de Monseigneur Le Dauphin". Louis XVI est roi depuis déjà 7 années, quand Marie-Antoinette met au monde le 2ème enfant du couple, leur 1er fils. Louis Joseph Xavier François de France naît le 22 octobre 1781. Malheureusement, il mourra le 4 juin 1789.

Ensuite le feu de joie célèbre également "la victoire remportée par Mr le comte de grace sur les anglois". La France a pris part à la Guerre d'Indépendance des Etats-Unis. Et y prit même une part importante, d'abord par la fourniture de matériel et d'aides en faveur des Insurgés américains, qui ne voulaient plus des colons anglais, ensuite par un apport d'hommes. Notamment lors de la Bataille de Yorktown, qui fut un tournant décisif de cette guerre.

Cette Bataille oppose les insurgés américains et leurs alliés français commandés par le Comte de Rochambeau aux Britanniques commandés par Lord Cornwallis. La flotte française (dirigée par l'Amiral de Grasse, que nous retrouvons donc) assure le blocus du port de Yorktown, alors que les troupes franco-américaines encerclent la ville, puis l'assiège. Lord Cornwallis, qui commande les forces anglaises, se rend, avec ses troupes, soit 7500 hommes. On est donc assez proche des 8000 hommes dont parle notre curé, par-delà les océans.

Archives en ligne du Lot-et-Garonne - Miramont-de-Guyenne
Registres paroissiaux 1767-1792 - E SUP_1481

Transcription du début de l'acte
Le six janvier 1782 la communauté a fait un feu de joye
a l'occasion de la naissance de Monseigneur Le Dauphin
et de la victoire remportée par Mr le comte de grace
sur les anglois par la prise de Cornualis fait prisonnier
avec toute la garnison de huit mille hommes dans la
ville d'hyork en amerique. Mrs les consuls ont conduit
le cure de l'eglise en procession jusqu'au bucher dressé au
foirol, la bénédiction a été faite, et il a été allume par
le sr curé conjointement avec mrs les consuls chacun a sa
loge au nombre de trois. On a fait de suite une decharge et
le sr cure a autorisé le Te Deum Laudamus qui a été chanté
devant le feu, et étant fini, mrs les consuls avec la troupe
ont réacompagné le sr curé en procession a l'eglise ou etant
arrives avons chante xxxx agenoux le sub tuum
praesidium , le verset et l'oraison pour le roy.

lundi 6 juin 2016

#ChallengeAZ - E comme Eglise et réparations en série à Chapaize

Nous voici dans la paroisse de Chapaize, aujourd'hui département de la Saône-et-Loire. On connaît l'importance de la religion chez les Français sous l'Ancien Régime. Mais pour pratiquer le culte dans de bonnes conditions, encore fallait-il que l'église de la paroisse soit dans un état convenable. Et un curé un peu bavard, comme on les aime, nous relate les réparations et installations entreprises en 1741 dans l'église de cette paroisse.

Et on peut dire que les réparations sont d'envergure. Réfection du toit (manquant depuis plus de 120 ans !), de la voûte. Installation d'un confessionnal, d'un escalier pour monter au clocher. On imagine facilement dans quel état pouvait être l'église avant tout ça.

Archives en ligne de Saône-et-Loire - Chapaize
Registres paroissiaux 1727-1768 - E dépôt 3459

En l'année 1741 a eté couverte a neuf en laves l'Eglise
de chapaise, savoir le clocher et le chœur a la
décharge du seigneur decimateur ; les nefs a la décharge
des habitants : il y pleuvait partout auparavant comme
dans les rues pour n'avoir pas été couverte depuis
peut etre plus de 120 ans. En meme tems a été reparé
la voute tombé du collateral près de la petite porte
d'entrée au bout bas de l'eglise. Le confessionnal a été
fait et placé dans le meme tems. L'escalier pour
monter au clocher a été aussy edifié et lecroux
de la voute du chœur bouché le tout par les soins
et peine de Maitre François Martinsa curé alors
du dit lieu. Ledit escalier a été construit aux frais du seigneur
decimateur, et les fenetres du clocher racommodées.

samedi 4 juin 2016

#ChallengeAZ - D comme Dispense (ou le curé généalogiste de Lauzun)

Pour se marier aujourd'hui en France, les restrictions sont moindres qu'avant la Révolution Française. Vous pouvez par exemple légalement vous marier entre cousins. Sous l'Ancien Régime, c'est l'Eglise qui gère les sacrements, dont le mariage. Et qui accorde le droit ou non de se marier.

Plusieurs dispenses existent, afin de contourner les règles très strictes de l'Eglise sur le sujet. Par exemple, la dispense d'affinité spirituelle. Normalement, quelqu'un qui est parrain ou marraine ne peut, sauf dispense, se marier avec son/sa filleul(e) ni même avec un des parents de l'enfant.

Mais la dispense qui va nous intéresser ici est la dispense de consanguinité. Sous l'Ancien Régime, l'Eglise interdisait le mariage entre parents jusqu'au 4è degré canonique. En droit canonique (ou droit religieux), on calcule les degrés en comptant le nombre de générations jusqu'à l'ancêtre commun.


Pour obtenir une dispense pour le 2è degré, il faut la demander directement à Rome. Pour les 3è et 4è degrés, c'est l'évêque qui va se charger de vérifier et de donner (ou pas) la dispense.

C'est notre cas ici. Nous voici à Lauzun, paroisse Saint-Nazaire, dans l'actuel département du Lot-et-Garonne, en 1758. Les dits Jean Duffeu et Pétronille Barré désirent se marier, mais ont un arrière-arrière-grand-père en commun. L'Eglise ne leur permet donc pas de se marier, sauf à obtenir une dispense. C'est pourquoi ils sont convoqués "dans la maison qu'habite le sieur maitre Jean Lescure Bachelier en theologie et curé dudit Saint-Nazaire".

Celui-ci, pour accorder la dispense, doit s'assurer de plusieurs points. L'un après l'autre, d'abord le dit Jean Duffeu, ensuite la dite Pétronille Barré, ils vont répondre aux questions du curé et de la "commission" mise en place pour examiner leur demande.

On commence par l'état civil des requérants.

Puis le curé s'assure de la bonne volonté des requérants "interrogé s'il n'a point été forcé, violenté et contraint par crainte, surprise ou autrement de rechercher en mariage Pétronille Barré sa parente et de présenter la dite requete
a répondu non."

Ensuite vient la question essentielle de cette dispense, le degré de parenté.
"Interrogé en quel degré il est parent de la dite Pétronille Barré.
A répondu que c'est au quatrième degré".

S'ensuit alors de la part de notre curé un bout d'arbre généalogique, qui ravira les généalogistes que nous sommes en ce qu'il nous donne tout simplement les 4 générations précédant celle de nos futurs mariés. Autant dire une aide précieuse pour les recherches, d'autant plus que le marié n'est pas de la paroisse de la mariée.

Archives en ligne du Lot-et-Garonne - Lauzun
Registres paroissiaux 1753-1757 - E SUP_1504

Les mêmes questions seront posées à la requérante, qui apportera les mêmes réponses. Puis aux témoins, à savoir les parents, un frère et un oncle de la mariée et un oncle du marié.

Enfin, le curé rend sa décision, qui va dans le sens de la demande des requérants.

Tout considéré le Saint Nom de Dieu invoqué, vu ce qu'il résulte du dit procès
verbal et empiètement. Disons que nous avons dispensé et dispensons
Lesdits Jean Duffeu et Pétronille Barré de l'empêchement dirimant
du quatrième degré de consanguinité qui est entreux, leur avons
permis et permettons non obstant iceluy de contracter et solenniser
mariage ensemble, en face de notre mère La Sainte Eglise, suivant
les cérémonies requises par le Saint Concile de trente et
les ordonnances de Notre diocese ; dans lequel mariage
ainsi contracté

vendredi 3 juin 2016

#ChallengeAZ - C comme Conversion

Il ne va pas être question ici de conversion de monnaie ou encore de conversion de date entre les calendriers Grégorien et Républicain sous la Révolution.

Tout au long du XVIè siècle, le Royaume de France est déchiré par des guerres de religion. Ces conflits opposent catholiques et protestants (ou huguenots). Entre 1562 et 1598, la France va connaître huit guerres de religion. En 1598, le roi Henri IV promulgue l'Edit de Nantes, qui accorde notamment des droits de culte, des droits civils et des droits politiques aux protestants.

Mais en 1685, Louis XIV révoque cet Edit et signe l'Edit de Fontainebleau. Le protestantisme devient alors interdit en France. Au moins 200 000 protestants choisissent l'exil.

C'est dans ce contexte "anti-protestant" que nous arrivons en 1723 à Sauxillanges, aujourd'hui dans le département du Puy-de-Dôme, alors partie du diocèse de Clermont en Auvergne. Ces conversions qui apparaissent sur les registres sont toujours un moment particulier. On imagine le converti, dans l'attente de sa conversion, entouré de tous les paroissiens, catholiques, alors que lui est protestant. Il s'agit ici d'un soldat allemand, protestant, qui se convertit au catholicisme, on imagine, pour pouvoir rester en France, dans cette paroisse de Sauxillanges. Conversion d'autant plus symbolique qu'elle a lieu le jour de l'Ascension.

Une transcription quasi intégrale de l'acte en question suit la photo.

Archives en ligne du Puy-de-Dôme - Sauxillanges
Registres paroissiaux 1721-1730 - 3E 319 46

L'an de grace mille sept
cent vingt trois le sixieme
jour de mai jour de l'ascension
de notre seigneur Jesus christ au ciel
en presence des témoins soussignes et
principaux habitans de la ville et paroisse de Sauxillanges
dioceze de clermont en auvergne, Jean Christian
Gôd Lôp meysner naquit de la ville de dresde capitale
du royaume de saxe, dioceze de ...... agé de
vingt deux ans soldat dans le regiment de brie infanterie
ayant reconnu que hors de l'eglise catholique, apostolique
et romaine il n'y a point de salut, a de sa bonne
volonté et sans aucune contrainte fait profession
de la foy catholique, apostolique et romaine, & a
fait abjuration de l'hérésie de Lhuter entre mes
mains, de la quelle je luy ai donné l'absolution en
vertu du pouvoir que monseigneur l'éveque de
Clermont m'a donné pour cet effet, en foy de
quoy ledit Jean Christian god Lôp  meysner qui a été
absous de l'hérézie a signé [...]

jeudi 2 juin 2016

#ChallengeAZ - B comme Bénédiction de croix à Lucy-sur-Yonne

On connaît tous l'importance de la religion catholique pour nos ancêtres, surtout avant la Révolution Française, où le calendrier était réglé comme du papier à musique par les diverses célébrations catholiques et où chacun devait se conformer aux règles de l'Eglise, sous peine de châtiment spirituel et de damnation éternelle.

On imagine donc l'effervescence provoquée en 1724 par le changement de la croix située aux abords de l'église de Lucy-sur-Yonne (dans l'Yonne). Comme les cloches de l'église trois ans plus tôt, la nouvelle croix va donc avoir droit à sa bénédiction, non sans avoir rappelé l'importance de cette croix et de son adoration (et à travers elle, de l'adoration du Christ).

A priori, cette croix n'existe plus. Grâce à notre ami Google Maps, qui m'a permis de faire virtuellement le tour de l'église de Lucy-sur-Yonne, je ne décèle qu'une croix en fer, sur un socle en pierre. Peut-être a-t-elle été changée au fil du temps.

J'ai retranscris intégralement cet acte de bénédiction, juste après l'image dudit acte.

Archives en ligne de l'Yonne - Lucy-sur-Yonne
Registres paroissiaux 1705-1729 - 4E235/E2, 5Mi536/6

Le dimanche vingt neuf octobre de l'année mil sept cent
vingt quatre Nous Guillaume Grossot prestre bachelier
en theologie curé de cette paroisse de nostre dame de la
nativité de Lucy sur Yonne à l'issue de nos vespres de
paroisse nous sommes transportes en procession au devant
de la grande croix de pierre qui est derrière le chœur de
la ditte eglise dans la place publique ou il y en avoit une
de bois auparavant, la ditte croix de pierre manuellement
erigée par les soins de Jean Maillaut batonnier de la
confrerie de la vierge et des deniers de sa queste, Où après
avoir prononcé un discours touchant l'obligation d'honorer
la croix comme le moyen dont notre Sauveur s'est puny
pour nous racheter, et l'obligation que nous sommes de faire
un bon usage des croix et des souffrances à l'exemple de ce
xxx sauveur. Nous avons suivant la permission de Monseigneur
le grand vicaire beny la dite croix solennellement présent
ledit Jean Maillaut et les autres habitans assemblez
apres quoy nous etant agenouillez pour l'adorer nous
l'avons baisée par respect et tout le peuple ensuite
pendant que nous avons chanté les xxx, nous nous
en sommes ensuite retournez en procession a
l'eglise, et avons dressé le present acte pour servir de
memoire de la susdite benediction et nous nous sommes
soussignez avec les soussignez lesquels se sont xxx
sans signer

mercredi 1 juin 2016

#ChallengeAZ - A comme Avis de recherche

Lorsqu'on fait appel à un généalogiste, celui-ci doit mettre tous les moyens en œuvre pour apporter une réponse à son client. Il a une obligation de moyens, et non de résultats. Encore faut-il qu'il apporte la preuve qu'il a effectué toutes les recherches possibles. Il en était de même au XIXè siècle.

On retrouve au détour d'un registre de 1739 un acte de recherche d'un certain Léon Carüel, généalogiste à Paris. Cet homme n'a pas les moyens technologiques à notre disposition aujourd'hui, à savoir les archives en ligne notamment, ou éventuellement même Geneanet s'il est coincé. Et il n'a a priori pas très envie de se déplacer dans le département de la Haute-Saône. Il contacte donc les différentes mairies susceptibles de pouvoir l'aider, selon les premiers éléments qu'il a en sa possession.

Archives en ligne de la Haute-Saône - Passavant-la-Rochère
Registres paroissiaux 1739/1749 - EC_404EDEPOT12 pp2

J'identifie ce document comme un document du XIXè siècle car notre généalogiste parle de communes et d'arrondissement.
Les communes ont été créées par l'Assemblée Constituante le 14 décembre 1789. Les arrondissements ont été créés par la loi du 28 pluviôse an VIII (17/02/1800), en remplacement des districts.

Probablement à des fins de succession, notre confrère généalogiste recherche divers actes (de naissance, de mariage et de décès), afin, j'imagine, de pouvoir identifier les personnes à même de récupérer la succession.

Pour motiver les mairies interrogées à effectuer des recherches, il promet 100 francs de récompense pour les informations, ou 20 francs par acte retrouvé.

mardi 31 mai 2016

#ChallengeAZ, j'en suis cette année !

Un petit moment déjà que je n'ai pas écrit de billet sur mon blog, la faute à plein de choses, dont la flemme d'écrire, je l'avoue. Et quoi de mieux pour reprendre l'écriture que le Challenge AZ, qui m'a déjà mis le pied à l'étrier pour la création de ce blog ?

Le pire, si on peut dire, c'est que je mets de côté, au fil de mes recherches personnelles mais surtout professionnelles, des idées d'articles. A foison, enfin presque.

Et c'est donc dans toutes ces idées que je vais puiser pour écrire mes articles et effectuer ce challenge cette année. Il sera donc question de sujets aussi divers et variés que ... Ah bah non, patience, vous en saurez plus dès demain. Pas de thème spécifique, mais des anecdotes, des bizarreries trouvées dans les registres, des actes pas communs. On voyagera dans toute la France ou presque, de l'Oise au Lot-et-Garonne, en passant par le Puy-de-Dôme ou encore la Saône-et-Loire.

A demain pour le début de ce nouveau Challenge !

vendredi 4 décembre 2015

Un coup de gueule et des coups de coeur

Cet article était dans mes tiroirs depuis un petit moment déjà, mais deux éléments font que je l'écris aujourd'hui. Tout généalogiste a déjà été confronté à une mairie un peu récalcitrante, qui rechigne à lui envoyer une copie d'un acte qui a plus de 100 ans, et encore plus quand on veut faire passer la limite à 75 ans. Et croyez moi, en tant que généalogiste professionnel, c'est parfois pire, tant les positions des mairies sont divergentes.

Stéphane Cosson relate sur un forum Facebook de généalogistes professionnels qu'une mairie lui dit qu'il peut consulter un acte de plus de 75 ans, mais que pour en obtenir une copie, l'acte doit avoir 100 ans, et même 115 ans s'il y a mention de divorce. Avec donc le problème de la mention marginale qui serait une mise à jour de l'acte. Et le fait bien sûr que ces délais de 100 et 115 ans sont une pure invention de cette mairie.

Je rebondis sur cet question de Stéphane Cosson, vu l'horreur que m'a sortie une mairie bretonne ce matin (dans les Côtes-d'Armor, mais je ne citerai pas la mairie). J'ai demandé par courrier un acte de décès à cette mairie, pour pouvoir compléter un dossier pour une cliente. Deux semaines déjà que j'ai envoyé ma demande (mais bon, c'est une petite commune après tout, qui a bien d'autres choses à gérer) et donc je reçois un coup de téléphone ce matin :
- Bonjour Monsieur, mairie de XXX à l'appareil, vous nous avez demandé une copie de l' acte de décès de M. X en date du 12/08/1957
- Oui effectivement
- Je voudrais connaître votre lien avec cette personne
- Aucun, je suis généalogiste et c'est pour un dossier client
- Ah, vous êtes généalogiste (NDLR : effectivement, je ne l'ai pas mentionné sur mon courrier, n'en voyant pas l'intérêt). Mais vous savez que les actes d'état civil ne sont pas communicables, sauf aux descendants, avant un délai de 100 ans
- Pardon ? (j'essaie à ce moment-là de ne pas exploser au téléphone et de garder mon calme). Mais monsieur, un acte de décès est librement communicable à toute personne qui en fait la demande, et ce, sans délai (je lui passe alors les délais pour les mariages et les décès, qui sont de 75 ans et non de 100 ans).
- Ah non Monsieur, je vous assure, c'est la loi bla bla bla
- La loi dit plutôt que les décès sont librement communicables, à tous et sans délai. Je n'ai jamais eu aucun souci avec personne, certaines mairies comme Lyon les mettent même en ligne au moins jusqu'en 1980
- Ah mais Monsieur, chacun fait ce qu'il veut, et ce ne sont sûrement que des extraits de décès
- Non non, ce sont bien des actes complets de décès.
- Bon, je vais me renseigner et je vois ça

Autant vous dire que j'étais fou en raccrochant. Refuser une copie d'un décès. Première fois qu'on me l'a fait celle-là. J'attends de voir si je reçois mon acte, sinon je pense que je saisirais la CADA.

Mais le problème de fond je pense est que les mairies (petites, moyennes ou grandes villes, petits villages) ne connaissent que trop peu la loi en vigueur pour la communication des actes d'état civil. Et qu'il serait bien qu'une circulaire ou quelque chose du genre leur soit adressée, afin qu'une bonne fois pour toutes les délais de communication soient respectés par toutes les mairies.

Parce que, à côté de ça, on a tous les cas possibles. Entre les mairies qui sont encore aux délais de 100 ans, celles qui laissent consulter les actes de plus de 75 ans, mais qui n'envoient pas de copie d'acte. Et en tant que professionnel, j'ai donc une dérogation (du Service Interministériel des Archives de France) pour consulter les registres de moins de 75 ans. Je ne peux pas en avoir de copie sans une autorisation du Procureur de la République, mais je fais souvent une transcription sur mon PC pour en avoir une trace. Mais certaines mairies, lorsque je leur présente ma dérogation de consultation, me font carrément une copie, soit parce qu'elles ne prennent pas le temps de lire la dérogation, soit parce du coup elles ne s'embêtent pas avec encore un de ces généalogistes qui leur prend tout leur temps.

Mais pour finir, je note tout de même que la plupart des mairies malgré tout sont respectueuses des délais et certaines sont même carrément "aidantes" (oui je sais, ce mot n'existe probablement pas). Je ne vais pas toutes les citer, mais rien que ces deux dernières semaines, j'ai été en contact téléphonique et mail avec plusieurs mairies qui m'ont aidé dans mes recherches de décès au XXè siècle, et ce alors même que je n'avais parfois qu'une tranche de date. Et m'ont envoyé souvent par mail une copie des actes demandés. Merci donc ici aux mairies de Cuffy (18), Deuil-la-Barre (93), Fontaine-Française (21), Mosnay (36) ou encore Pommiers (36) pour ne citer que les dernières contactées.

PS : un lien vers la décision de la CADA de 2012, qui confirme le délai de 75 ans à compter de la clôture du registre. Reste à savoir si une mention est considérée comme une réouverture du registre...
http://www.cada.fr/avis-20120716,20120716.html

mercredi 4 novembre 2015

Une reconnaissance très instructive

Je continue, quand le temps me le permet, d'éplucher les registres des communes où habitaient les ancêtres de ma femme. En ce moment, j'étudie plus précisément la commune de Maisse, située dans le sud de l'Essonne (91), très proche du Loiret et de la Seine-et-Marne. Maisse reste un village et compte environ 800 habitants au début du XIXè siècle d'après Wikipédia. L'avantage (ou l'inconvénient, c'est selon), c'est que dans ces villages, tout le monde est plus ou moins relié à tout le monde. Ainsi, dans mon fichier Heredis, étant donné que je note les divers cousins, au final, j'y intègre près de 90% des personnes présentes sur les registres.

Il en est ainsi de Pierre Tranquille Amand HAMOND. Ce patronyme est identifié comme étant celui de plusieurs des SOSA de mes enfants, mais Pierre n'est pas encore rattaché à eux, pour l'instant au moins.

Il apparaît dans mes fichiers quand il se marie le 09/11/1790 à Maisse avec Marie Anne COURTELLEMONT, qui est une descendante du SOSA 1672 (11è génération). Marie Anne donnera 3 enfants à Pierre Tranquille, avant de décéder le 14 Floréal An 3.

Pierre Tranquille, meunier à Maisse, se remarie assez vite, le 1er Fructidor An 3, avec Madeleine Françoise HUTTEAU, qui lui donnera 5 enfants, dont 4 décèderont avant l'âge de 5 ans. Mais le sort s'acharne sur Pierre Tranquille, lorsque Madeleine Françoise quitte ce monde le 30 Ventôse An XI. Il a encore 5 enfants à élever et peut a priori difficilement le faire seul.

Oui, mais voilà, il ne choisit pas n'importe qui pour l'aider dans cette tâche. Le 30/08/1808, il déclare la naissance de Simon Modeste, fils naturel par déclaration volontaire, de son union libre avec une certaine Marie Madeleine HUTTEAU. Tiens tiens, un nom que l'on connaît bien. Rebelote 2 ans plus tard, avec la naissance de Louis Alexis le 14/12/1811. Mais cette fois-ci, le maire de la commune, qui inscrit l'acte sur les registres, nous fait le plaisir de recopier l'acte de reconnaissance de l'enfant par les parents. J'avais déjà eu des actes de reconnaissance auparavant, mais plutôt succincts. Là, le maire nous en donne pour 4 pages. Je ne vais pas en retranscrire l'intégralité ici, mais vous en donner les bons moments, qui permettent de mieux comprendre le nouveau ménage mis en place.

Juste après l'acte de naissance, on trouve donc l'acte de reconnaissance que "le sieur Pierre Tranquille Hamond et la Demoiselle Marie Madeleine Hutteau entendent respectivement faire devant nous de l'enfant du sexe masculin à nous ci-dessus présenté comme étant le fruit de leur liaison amicale et sociale". Le maire nous indique qu'il se rendra au domicile du sieur Hamond le lendemain pour cette reconnaissance.

Et le lendemain, le maire, accompagné des deux témoins déjà présents pour la déclaration de la naissance, se rend donc chez Pierre Tranquille Hamond.

"Nous nous sommes transportés avec les sieurs Jean Jacques Amaury et Pierre Gabriel André Hamouy en la maison & domicile du dit sieur Hamond appelée le Moulin Neuf, dépendant de la dite commune de Maisse, où ayant été introduit accompagné des dits témoins en la chambre servant d'habitation dont l'entrée est à gauche du dit moulin et est éclairée par deux croisées dont une a vue sur la cour et l'autre sur le chemin de Courdimanche à Milly, avons trouvé la demoiselle Marie Madeleine Hutteau, belle sœur du sieur Hamond, accouchée depuis quelques jours, gisante dans son lit se portant aussi bien que peut le permettre son état, jouissant de toutes ses facultés intellectuelles de même que la quelle est en parfaite santé".

Je vous passe un peu de texte purement administratif, mais, en plus de la description de l'habitation, on a déjà appris que la mère de l'enfant n'est autre que la belle-sœur du père de l'enfant.

Le maire continue et nous en apprend encore sur les relations entre les deux parents de l'enfant.
"Le sieur Pierre Tranquille Hamond, majeur, meunier au Moulin Neuf dépendant de cette commune de Maisse, et la Demoiselle Marie Madeleine Hutteau, aussi majeure y demeurant avec le dit sieur Hamond, comme sa belle sœur et la principale gérante de son ménage et de ses affaires commerciales [...] qu'ils reconnaissent présentement l'un et l'autre que l'enfant du sexe masculin désigné en l'acte de naissance du jour d'hyer sous les prénoms de Louis Alexis est bien véritablement leur enfant & le fruit de la liaison sociale et amicale subsistante habituellement entre eux depuis plusieurs années ; ne faisant toutefois pour l'instant la présente déclaration qu'en attendant qu'ils puissent réaliser leur dite liaison sociale & amicale par le biais d'un mariage solennel qu'ils désirent ardemment de contracter le plus tôt qu'ils le pourront et qu'ils ont déjà été sous leur parenté et degré trop proche l'un de l'autre (étant beau frère et belle sœur) et la difficulté qu'ils éprouvent de la part du gouvernement relativement à la prohibition du même Code."

Et voici l'explication. En tant que belle-sœur et beau frère, impossible légalement pour eux de se marier pour l'instant.

Encore un peu de blabla administratif et l'acte de reconnaissance est enfin lu aux parents. La mère signe, la père dit ne pas savoir.

Les époux finiront par se marier le ... 20/05/1835 à Maisse, pas aussi rapidement qu'ils ne l'auraient souhaité. Dans l'acte de mariage, le maire stipule bien avoir annexé à l'acte de mariage "l'expédition en parchemin scellé du grand sceau en cire verte, de l'ordonnance du Roi du vingt sept avril mil huit cent trente cinq qui lève en faveur des futurs époux la prohibition prononcée à leur mariage par l'article 162 du Code Civil, la dite ordonnance rendue en exécution de l'article unique de la loi du seize avril mil huit cent trente deux".